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COP 21 – Face aux parties réticentes, Carole Dieschbourg et Miguel Arias Cañete mettent en avant que des objectifs climatiques ambitieux favorisent le développement économique

07-12-2015

La ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg présidente du Conseil de l’UE, et le commissaire européen à l’Action climatique et à l’Energie, Miguel Arias Cañete, le 7 décembre 2015 à la COP21 à Paris
A cinq jours de la fin des négociations de la COP21, la ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg, qui représente la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’UE et le commissaire européen à l’Action climatique et à l’Energie, Miguel Arias Cañete, se sont adressés à la presse lors d’une conférence conjointe, le 7 décembre 2015 à Paris, pour faire le point alors que les ministres de l’Environnement des 196 parties ont pris la relève des négociateurs techniques pour la seconde et dernière semaine de discussions.

La 21e conférence sur le changement climatique (COP21), qui se tient à Paris du 30 novembre au 11 décembre, a pour objectif d’obtenir, pour la première fois en plus de 20 ans de négociations aux Nations unies, un accord universel contraignant sur le climat, associant toutes les parties et ayant pour but de maintenir le réchauffement climatique en-dessous de 2°C. Cet accord succédera au protocole de Kyoto à partir de 2020. Après une première semaine consacrée aux négociations techniques qui visaient à limiter les options sur la table des décideurs politiques, les ministres de l’Environnement ont pris la relève, le 7 décembre, afin de trancher les options ouvertes dans le projet d’accord.

Toutes les parties doivent faire preuve de volonté et d’ouverture au compromis

"Nous avons l'opportunité historique d’être les dirigeants qui auront placé le monde sur la voie qui permettra d’éviter un changement climatique dangereux", a dit Carole Dieschbourg en conférence de presse, la ministre pressant ses homologues de se concentrer sur leur mission. Il s’agit ainsi de "mettre de toute urgence le monde sur la voie de la neutralité et de la résilience climatiques et d’un développement stable" et "seul un accord solide et ambitieux impliquant toutes les parties le permettra", a-t-elle indiqué.

La ministre a dressé un rapide état des lieux des négociations,  soulignant le caractère "difficile" de cette dernière semaine de discussions, alors que le projet de texte sur la table "laisse toutes les principales questions ouvertes". Néanmoins, elle s’est dit "confiante" quant à l’obtention d’un résultat qui réponde aux défis, "à condition que toutes les parties fassent preuve d’ouverture et de volonté pour conclure un compromis".

Carole Dieschbourg a encore noté que lors de la réunion de coordination ministérielle de l'UE plus tôt dans la journée, tous les Etats membres avaient confirmé leur engagement à œuvrer pour un accord ambitieux qui protège tous les pays contre les effets du changement climatique. Elle a par ailleurs souligné que les ministres européens participaient activement au processus tant au sein du Comité de Paris que des sous-groupes qui traitent des questions les plus délicates.

Selon la ministre, le nouvel accord "est à portée de main" et  il nécessite désormais une "forte volonté politique pour adopter un accord mondial contraignant applicable à toutes les parties d'ici la fin de cette semaine". Saluant les événements organisés dans le cadre de l’Agenda des solutions Lima - Paris qui ont permis de voir l’engagement des villes, des entreprises et de la société civile dans la lutte contre le changement climatique, elle a estimé qu’ils donnaient des exemples concrets du "rôle vital" que les acteurs non-étatiques ont à jouer pour atteindre l’objectif des 2 degrés.

Carole Dieschbourg a encore noté que si la transition vers des économies durables et résilientes au changement climatique "sera un énorme défi", dans le même temps, "il offre une opportunité pour revitaliser nos économies et renforcer la stabilité et le bien-être global", a-t-elle dit. Dans ce contexte, elle a rappelé que l'UE défend particulièrement les "droits de l'homme", "l'égalité des sexes" et la "transition juste" en tant que "principes qui doivent guider la mise en œuvre de l'accord". Par ailleurs, un accord fort sur le climat contribuera également à la sécurité alimentaire, l'un des objectifs de l'Agenda 2030 pour le développement.

La ministre a encore insisté sur l’expérience de l’UE dans ce domaine qui a montré qu’il n’était pas nécessaire de sacrifier la croissance économique pour lutter contre le réchauffement. "Le monde entier attend de bénéficier de la transition vers une économie mondiale faible en carbone", a encore dit la ministre qui a encore jugé qu’il était temps de produire des résultats.

Une forte ambition ne pénalise pas le développement économique, au contraire

Le commissaire européen à l’Action climatique et à l’Energie, Miguel Arias Cañete, a répété les trois éléments indispensables que l’UE estime nécessaire pour que l’accord de Paris soit un succès : des objectifs à long terme chiffrés, basés sur les résultats de la recherche scientifique en matière de climat ; un mécanisme de révision qui permette de faire tous les cinq ans le point sur les résultats atteints et de réajuster l’action et les objectifs en tenant compte des progrès de la science et des technologies ; des règles de transparence et de responsabilité, notamment en termes de chiffres comparables en termes d’efforts de tout ordre, tout en prévoyant une flexibilité limitée pour les pays en voie de développement .

Il y a selon Miguel Arias Cañete un consensus de base sur ces trois principes. "Mais certains pays se contenteraient volontiers de moins d’ambition en avançant l’argument que trop d’ambitions, cela pourrait freiner leur développement économique", a déclaré le commissaire qui s’est inscrit en faux contre cette thèse. Au contraire, a-t-il estimé l’ambition climatique est propice à la croissance. Il a expliqué que les pays développés n’émettent que 35 % des émissions de gaz de serre, et l’UE seulement 9 %, le reste venant d’autres pays. Par ailleurs, un accord minimal ne permettra pas d’atteindre la limitation du réchauffement planétaire à moins de 2°C.

Le commissaire a admis que la mise en œuvre des objectifs nationaux, les INDCs (pour Intended Nationally Determined Contributions en anglais), exigeront de grands efforts de la part de certains pays, notamment des pays en voie de développement. Ils seront soutenus par l’UE pour réduire leurs émissions qui fera un grand effort en matière de financement climatique. 

Miguel Arias Cañete a mis en avant que le monde changera sur la période qui sera couverte par l’accord de Paris, et par conséquent également la classification économique des pays. Des pays qui sont riches seront moins riches, des pays pauvres seront riches et des pays émergents feront partie à un certain moment des pays hautement développés. Tous ceux qui seront en mesure de le faire devront à partir d’un certain moment soutenir les pays les plus pauvres. Il a signalé que la Chine et même le Vietnam venaient de faire des annonces dans ce sens, car les besoins d’investissement en matière d’efficacité sont gigantesques. Rien que pour la période 2015-2030, 30,5 milliards d’investissements sont ici nécessaires.

Pour la réduction des émissions, il voit le secteur privé dans la responsabilité. Pour l’adaptation, ce sont les finances publiques qui sont au défi. Bref, il faudra aboutir à "un élargissement de la base des contributeurs".

Miguel Arias Cañete a été convaincu par les résultats de la recherche scientifique qu’il faudrait arriver à réduire les émissions de gaz de serre de 70 % par rapport à 2010 d’ici 2050. L’UE a projeté de réduire les émissions de 95 %. Mais selon lui, de nombreux pays sont "réticents" à accepter que l’accord soit basé sur ces résultats de la science et soit aussi ambitieux. Or, pour lui, les objectifs ambitieux faciliteront le développement de nouvelles technologies, et elles deviendront rapidement plus abordables, comme cela a été le cas pour les panneaux solaires. Et dans ce sens, l’accord pourra être du gagnant-gagnant si tous acceptent les résultats de la science et les objectifs ambitieux basés sur eux.     

  • Mis à jour le 07-12-2015