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Jean Asselborn et Dimitris Avramopoulos, en visite en Grèce, font le point sur la mise en place du premier "hotspot" sur l’île de Lesbos

16-10-2015

Jean Asselborn et Dimitris Avramopoulos lors de leur visite du centre de premier accueil de Moria sur l’île de Lesbos le 16 octobre 2015
© MAEE
Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères et européennes, ministre de l’Immigration et de l’Asile du Luxembourg, s’est rendu à Athènes et à Mytilène, sur l’île de Lesbos, où se met en place le premier "hotspot" de l’UE en Grèce, les 15 et 16 octobre 2015 aux côtés du commissaire européen aux Migrations et Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos. Cette visite en Grèce, qui fait suite aux visites à Rome et à Lampedusa de la semaine passée, s’inscrit dans le contexte de la réponse européenne à la crise migratoire et des décisions prises à cet égard lors des Conseils "Justice et Affaires intérieures" de septembre et octobre dernier.

À Athènes, le ministre Asselborn a rencontré le vice-ministre grec de l'Immigration, Yiannis Mouzalas, afin de faire le point sur la situation sur le terrain en Grèce. Le ministre Jean Asselborn a également une réunion avec des responsables du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), du Bureau européen d’appui en matière d’asile (BEAA/EASO) et de Frontex, pour un échange d’informations

Jean Asselborn et Dimitiris Avramopoulos se sont ensuite rendus sur l’île de Lesbos afin d’y rencontrer les autorités locales, ainsi que des représentants de Frontex et des garde-côtes. L’objectif était de faire le point sur la mise en place sur l’île d’un hotspot, comme prévu par le mécanisme européen de relocalisation. Jean Asselborn et Dimitris Avramopoulos ont visité le centre de premier accueil Moria, ancien centre de rétention, et le centre d’accueil et d’enregistrement de Mytilène.

Sans demande d’asile dans les hotspots, pas de statut de protection internationale et pas de relocalisation

Lors de la conférence de presse, le vice-ministre grec Yiannis Mouzalas a expliqué que le but de la visite à Mytilène avait été de voir "comment fonctionne le hotspot en tant que projet pilote qui commence à se mettre en route". Il a évoqué les efforts de son pays, tout en admettant "des lacunes importantes dans les infrastructures". La Grèce a une feuille de route et sait comment procéder par la suite en mettant en place quatre hotspots supplémentaires (à Kos, Samos, Chios et Léros, ndlr) qui seront "prêts comme promis fin novembre", a-t-il déclaré. Il a estimé que la Grèce était "malgré les retards, sur la bonne voie".

Pour le vice-ministre Mouzalas, les hotspots peuvent faire partie de la solution de la crise migratoire et des réfugiés, "mais nous faisons face à un problème qui requiert une solution plus générale", car une grande partie des réfugiés ne fait pas de demande d’asile en Grèce, comme c’est le cas aussi dans d’autres Etats membres de l’UE. Or, dans ce cas, il ne peut y avoir de relocalisation du réfugié. La question se pose pour lui de savoir quelles sont les causes de ce comportement. La Grèce insiste également sur le fait que l’UE doit, au-delà des relocalisations, procéder à la réinstallation des réfugiés qui se trouvent dans des pays tiers.  

Jean Asselborn a remercié la Grèce  au nom de la Présidence du  Conseil pour "les efforts considérables qui ont été faits". Il a évoqué "l’afflux massif", la veille, de pas moins de 4 000 personnes à Lesbos, pour la plupart des Syriens. Au centre d’accueil de Moria se trouvent 10 000 réfugiés, là aussi surtout des Syriens, puis des Afghans et des Pakistanais. Le ministre luxembourgeois a relevé la "très grande discipline des demandeurs syriens, des familles, des hommes seuls, mais aussi des enfants sans accompagnement dont les parents ont été vraisemblablement tués en Syrie".

Le ministre a ensuite brossé un résumé de la situation.

Le screening, au cours duquel la nationalité du demandeur est détectée, fonctionne bien. Il n’y a que très peu de tentatives de fraude sur cette question. 1 200 personnes par jour sont traitées par deux équipes de personnes originaires de nombreux pays de l’UE qui travaillent chacune plus de 8 heures par jour.

Le debriefing, par lequel le parcours du demandeur est analysé et les réseaux de passeurs identifiés,  fonctionne aussi.

La prise des empreintes digitales nécessite, pour qu’elle avance plus rapidement, que le nombre des machines soit augmenté. 1 200 empreintes digitales sont transmises par jour à Eurodac.

Le document d’autorisation temporaire, un document délivré par les autorités grecques, continue encore de poser problème. Il permet aux Syriens de rester 6 mois en Grèce, il est écrit en grec et ne vaut que pour la Grèce. Les demandeurs qui ne sont pas Syriens ou ceux pour qui il y a un doute reçoivent, eux, un papier qui leur permet de quitter endéans 30 jours le territoire grec de manière légale. Pour Jean Asselborn, "ce système entraîne des abus".

La conclusion de Jean Asselborn : "Les fondements sont posés, nous sommes sur la bonne voie, et je tiens à saluer le travail des équipes sur place, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires pour que le système gagne en effectivité sur le terrain et que les relocalisations puissent avoir lieu régulièrement". Il a souligné l’urgence de concrétiser rapidement le déploiement des personnels additionnels pour Frontex par les Etats membres, conformément aux engagements pris lors du Conseil JAI du 8 octobre dernier. Il a également insisté sur la nécessité de renforcer la pédagogie auprès des migrants pour lutter contre la désinformation, en soulignant qu’"il faut que les migrants respectent les procédures légales et déposent leur demande d’asile sur place, faute de quoi non seulement le mécanisme de relocalisation ne fonctionnera pas, mais ils ne pourront pas légaliser leur présence en Europe".

 "Il faut accélérer le travail et la procédure pour que ces personnes puissent bénéficier du mécanisme de relocalisation"

"Nous sommes sur la bonne voie", a assuré pour sa part le commissaire Dimitris Avramopoulos en saluant les progrès désormais réalisés par la Grèce. "Nous avons constaté aujourd’hui à Lesbos que le mécanisme que nous avons mis en place commence à fonctionner", a-t-il expliqué aux journalistes, "même si ce mécanisme n’arrive qu’après que  des dizaines de milliers de migrants ont passé les frontières".

"Il faut accélérer le travail et la procédure pour que ces personnes puissent bénéficier du mécanisme de relocalisation", a souligné le commissaire. Mais, a-t-il expliqué, c’est "difficile car les réseaux de passeurs ont dit aux réfugiés de refuser tout relevé d’empreintes". Le commissaire a donc insisté sur la nécessité de "convaincre les personnes qui arrivent qu’elles se trouvent dans un environnement sûr à partir du moment où elles respectent les règles".

En ce moment, a par ailleurs constaté le commissaire, "il y a de plus en plus de pression dans les pays d’Europe centrale, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, en Croatie et certains Etats membres commencent à prendre des initiatives unilatérales, ce qui vient mettre à mal un grand succès de l’UE".

Les réfugiés "doivent être persuadés  qu’ils seront transportés dans un pays européen qui respecte le droit international et les droits fondamentaux"

Interrogés au sujet du plan d’action commun entre l’UE et la Turquie, discuté la veille au Conseil européen, Dimitris Avramopoulos a évoqué un accord sur les réadmissions, précisant toutefois que les choses étaient en train de se mettre en œuvre.  Yiannis Mouzalas a tenu à préciser que le Conseil avait eu de vifs débats, mais qu’aucune décision n’avait encore été prise à ce sujet. Le Conseil a "décidé de coopérer avec la Turquie pour que les réfugiés ne traversent pas si facilement la mer Egée, et endiguer les flux migratoires, ce qui ne veut pas dire subir la pression de la part de la Turquie", a indiqué le ministre grec.

Jean Asselborn a été interpellé sur "le problème arithmétique" qui se pose vu qu’au rythme des arrivées, les 70 000 personnes arrivées en Grèce qui pourront bénéficier du mécanisme de relocalisation prévu sur deux ans seront déjà là dans les deux mois. "Je serais déjà tranquille si un pourcentage assez important de personnes devaient introduire une demande visant à obtenir le statut de protection internationale", a répondu Jean Asselborn. "On ne peut pas laisser des milliers de gens pendant des mois sur des îles", s’inquiète  le ministre qui souligne que "dès qu’elles auront le statut, les personnes seront déplacées sur le continent, où elles pourront avoir un entretien en vue d’une relocalisation". "Faisons tout pour arriver aux relocalisations, pour que ce système fonctionne", a plaidé Jean Asselborn qui estime que cette étape "n’est pas encore tout à fait entamée". Les réfugiés "doivent être persuadés  qu’ils seront transportés dans un pays européen qui respecte le droit international et les droits fondamentaux", a -t-il expliqué.

Dimitris Avramopoulos lui a fait écho en insistant sur la nécessité de convaincre les réfugiés de participer au mécanisme : "A partir du moment où ces personnes sont enregistrées, elles feront partie du mécanisme de relocalisation", a-t-il souligné. "Ils n’ont rien à craindre !", a lancé le commissaire. "La Commission va présenter une proposition de mécanisme permanent", a-t-il annoncé. "Ce programme doit donc réussir pour pouvoir passer à un mécanisme permanent", a-t-il conclu.

  • Mis à jour le 17-10-2015