Affaires étrangères
Ministres au Parlement européen

Devant le Parlement européen, Nicolas Schmit a présenté les efforts de l’UE visant à trouver une solution politique au conflit syrien

07-10-2015

Le ministre Nicolas Schmit, en charge des relations avec le Parlement européen au cours de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’UE, est intervenu le 7 octobre 2015 devant le Parlement européen réuni en plénière à Strasbourg. Il s’est exprimé au nom de la Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini au cours d’un débat consacré à la situation en Syrie.

"L’Europe doit gérer les conséquences humanitaires de ce conflit, parmi lesquelles l’afflux de réfugiés"

Après cinq ans de ce "terrible conflit", "il y a à ce stade peu de signes de paix à l’horizon", a déploré Nicolas Schmit avant de dresser le bilan d’un conflit qui a causé la mort de 250 000 mille personnes, le déplacement de près de la moitié de la population du pays, soit 12 millions de personnes qui, pour 4 millions d’entre elles, sont parties pour le Liban, la Jordanie et la Turquie. "Nous sommes conscients que beaucoup de ces réfugiés tentent maintenant de rejoindre l’Europe, en quête de paix et d’une vie plus humaine",  a poursuivi Nicolas Schmit. "L’Europe doit gérer les conséquences humanitaires de ce conflit, parmi lesquelles l’afflux de réfugiés", a indiqué Nicolas Schmit.

L’Union européenne, plus grand donateur international, a déjà dépensé 4 milliards d’euros et va devoir dépenser plus encore, non seulement pour l’aide immédiate aux réfugiés, qu’il faut héberger et nourrir, mais aussi pour les services essentiels comme la santé et l’éducation, a résumé Nicolas Schmit. Un milliard d’euros supplémentaires sera mobilisé, a-t-il ajouté. "La Syrie perd une génération entière à cause de la guerre et de l’exil", a regretté le ministre qui estime que seule l’éducation peut offrir un avenir à un pays. Il espère que, d’ici la fin de l’année, les Etats membres auront complété par leurs contributions les 500 millions d’euros que l’UE verse au fonds d’affectation spéciale pour la Syrie.

Pour Nicolas Schmit, cet "effort financier énorme reflète l’ampleur de la crise". Il ne suffira pas à stopper l’afflux de réfugiés, a toutefois reconnu le ministre. Car, estime-t-il, c’est seulement lorsqu’il y aura l’espoir de voir la guerre finie, et la perspective de pouvoir rentrer, que la crise des réfugiés se terminera.

"Mettre fin à la guerre nécessite une double approche : lutter contre la menace terroriste et soutenir le processus politique conduit par les Nations Unies"

Nicolas Schmit a évoqué le consensus qui se fait de plus en plus net dans la communauté internationale selon lequel mettre fin à la guerre syrienne nécessite une double approche. Il faut d’une part lutter contre la menace terroriste, qui s’étend au-delà de la région, représentée par  Daech (ISIL) et, parallèlement, faire tout ce qui est possible pour soutenir le processus politique mené par l’envoyé spécial des Nations Unies, Staffan de Mistura, pour faire en sorte que les Syriens se parlent à  nouveau.

En ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, a expliqué le ministre, l’UE n’est pas impliquée militairement, mais soutient les objectifs de la Coalition internationale contre Daech par des moyens non-militaires, comme la réduction des menaces de radicalisation et du recrutement de nouveaux combattants étrangers dans les pays européens, ou encore la recherche de solutions visant à réduire les revenus de Daech.

"C’est en soutenant les efforts de paix conduits par les Nations Unies que l’UE peut apporter sa plus grande contribution", a affirmé Nicolas Schmit. De son point de vue, les différents acteurs régionaux et internationaux qui ont de l’influence sur les parties syriennes doivent prendre leurs responsabilités et conduire autour de la table toutes les parties pour des négociations sérieuses. L’UE est en mesure de dialoguer avec toutes les puissances régionales et internationales, a souligné Nicolas Schmit en citant notamment la Russie, l’Iran, l’Arabie saoudite et la Turquie. "L’Iran comprend que ce sera le premier test pour voir s’il peut jouer un rôle plus constructif après l’accord sur le nucléaire", a expliqué le ministre. L'UE souligne l’importance de préserver les structures et fonctions étatiques afin d’assurer la sécurité, l’ordre, et les services de base au peuple syrien pendant une transition politique, a indiqué Nicolas Schmit.

Nous pouvons aussi apporter notre contribution en rapprochant les différents courants de l’opposition politique et militaire syrienne derrière une vision et des objectifs communs, a déclaré Nicolas Schmit en évoquant une réunion qui a permis à deux groupes de l’opposition politique de s’entendre en juillet sur un projet de feuille de route en vue d’une future transition politique.

"Rien de tout cela ne sera facile", a admis Nicolas Schmit en soulignant que le conflit a de nombreux acteurs aux objectifs divergents. Malgré l’escalade militaire de ces derniers temps, le ministre est convaincu que "l’escalade militaire dans la guerre civile ne conduira nulle part". "Lutter contre le terrorisme, c’est-à-dire contre les groupes définis comme terroristes par les Nations Unies, est une chose, cela ne signifie pas se battre aux côtés du régime dans la guerre civile, ce qui ne provoquerait qu’une hausse des livraisons d’armes à l’opposition de la part de certaines puissances régionales", a tenu à clarifier Nicolas Schmit.

Parmi les mesures qui pourraient promouvoir à la désescalade et à la paix, Nicolas Schmit a cité la fin des bombardements et des tirs d’obus sur les espaces civils ou la fin de l’usage de barils d’explosifs, des engagements qui pourraient  selon lui permettre de renforcer la confiance afin de permettre le début d’un réel dialogue sur la transition. "Nous pouvons aussi intensifier notre diplomatie humanitaire", a ajouté Nicolas Schmit.

L’Union est engagée à faire sa part pour soutenir les efforts des Nations Unies, a conclu Nicolas Schmit pour qui "face à tant de souffrances à notre porte, il est de notre devoir de répondre".

"Il est dans l’intérêt de l’Union européenne de mettre fin au conflit syrien, et même s’il n’y aura pas de solution facile, l’UE travaille activement à trouver une solution politique"

Au cours du débat qui a suivi, les principaux groupes politiques ont tous souligné la nécessité de trouver une solution politique et diplomatique au conflit. De nombreuses voix ont plaidé pour que l’UE fasse preuve de plus de leadership et joue un rôle décisif en dialoguant tant avec les grandes puissances qu’avec les acteurs régionaux du conflit syrien. Certains qui ont dénoncé "l’absence" ou la "léthargie" de l’UE. L’interprétation à donner à l’intervention russe a suscité de vifs débats, jugée tour à tour comme une complication de la crise, un geste dirigé contre l’Europe, un moyen d’exercer un chantage vis-à-vis de l’Europe dans la crise ukrainienne, voire, chez les élus d’extrême droite, une action salutaire.

Dans sa réponse, Nicolas Schmit a répété combien il importe de combattre les groupes terroristes et en même temps de soutenir les efforts de paix conduits par les Nations Unies. Il a plaidé pour que tous les acteurs, Russie comprise, s’engagent en vue de trouver une solution politique qui permettra de renforcer la lutte contre le terrorisme et qui permettra d’aboutir à une solution durable, via une transition basée sur le consentement de toutes les parties, comme le prévoit le communiqué de Genève. Il est dans l’intérêt de l’Union européenne de mettre fin au conflit syrien, a souligné Nicolas Schmit. Et même s’il n’y aura pas de solution facile du fait de la complexité de ce conflit, qui a à la fois une dimension intérieure et extérieure, l’UE travaille activement à trouver une solution politique, a-t-il assuré.

  • Mis à jour le 07-10-2015