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Cérémonie de clôture de l’Année européenne pour le développement - Xavier Bettel appelle à renforcer l’engagement de l’UE en matière de développement

09-12-2015

Le Premier ministre, Xavier Bettel, et le ministre de la Coopération et de l'Action humanitaire, Romain Schneider, ont participé, en présence du Grand-Duc Henri, à la cérémonie de clôture de l’Année européenne pour le développement 2015 (AED) qui se déroulait dans la capitale grand-ducale le 9 décembre 2015, en marge de la réunion informelle des ministres de la Coopération au développement.

Cette cérémonie a également rassemblé le commissaire européen en charge de la Coopération internationale et du Développement, Neven Mimica, la présidente de la commission du Développement (DEV) du Parlement européen, Linda McAvan, et Marius Wanders, ambassadeur AED 2015 de l’Alliance de la Société Civile. Elle a été l’occasion de faire le bilan et de célébrer les réalisations de l'AED au niveau de l'Union européenne (UE) et surtout des Etats membres, tout en soulignant l'engagement de nombreux citoyens de l'UE au cours de cette année.

Les enseignements de l’AED et la nécessité de poursuivre la sensibilisation en la matière ont également été mis en avant, et la Commission européenne, le Parlement et le Conseil ont signé dans ce contexte une déclaration conjointe interinstitutionnelle dans laquelle ils reconnaissent l'héritage de cette année.

Il faut investir dans l'avenir des jeunes et "créer des opportunités d'avenir"

Xavier Bettel lors de la cérémonie de clôture de l'Année européenne du Développement
© eu2015lu.eu / Charles Caratini
Dans son discours d’introduction, Xavier Bettel s’est félicité que l’AED ait réussi à réunir de nombreux acteurs d'horizons divers autour d'un même objectif, à savoir "renforcer notre engagement dans le développement, le faire savoir et donner envie à d'autres encore d'y participer". "La coopération au développement et l'assistance humanitaire constituent des actes de solidarité, de prise de responsabilité et correspondent à notre intérêt politique, sécuritaire et économique", a dit le Premier ministre qui a souligné que tous, institutions, Etats membres et citoyens devaient y contribuer à leur manière.

Xavier Bettel a relevé dans ce contexte que dans la période budgétaire actuelle plus difficile, certains appelaient à réduire les crédits octroyés en matière de coopération au développement, se disant heureux que son gouvernement n’ait pas fait ce choix.

Rappelant que 2015 avait été riche en évènements internationaux – conférence internationale sur le financement du développement à Addis-Abeba, sommet sur les objectifs du développement durable à New-York et Conférence climatique de Paris (COP 21) – qui détermineront le nouveau cadre de développement et de développement durable d'ici 2030, le Premier ministre a jugé qu’il en allait "de l'avenir de nos enfants, de leur monde, de leur dignité".

C’est notamment le cas de l’Agenda 2030 pour le développement durable adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies à New-York le 25 septembre 2015, dont l’universalité signifie "non seulement que chaque Etat doit s'engager en faveur des objectifs du développement durable, mais aussi que chaque individu compte et que personne ne doit être laissé de côté", a poursuivi Xavier Bettel.

Le Premier ministre a rappelé que pour l'UE, l'année 2015 aura également été une année difficile avec des défis internes, notamment "un phénomène migratoire d'une nouvelle envergure". Il ne s’agit cependant pas d’oublier que parmi les 60 millions de réfugiés et déplacés, la plupart sont accueillis dans des pays en développement, a-t-il ajouté, notant que "notre engagement à moyen et long termes dans la coopération au développement et l'assistance humanitaire devraient en ressortir grandi". Selon lui, il faut ainsi investir dans l'avenir des jeunes en Afrique sub-saharienne ou dans la corne de l'Afrique et "créer des opportunités d'avenir".

Xavier Bettel a par ailleurs estimé que l’engagement de l’UE devait aussi être renforcé face aux crises en Syrie, en Afghanistan et dans l’Est de l’Ukraine notamment, et que la Présidence luxembourgeoise avait essayé "de répondre au mieux aux défis du moment" qui "nécessitent des réponses multiples et cohérentes de nos différents instruments". Selon lui, la crise sécuritaire actuelle nécessite également un engagement renforcé, car "des perspectives d'avenir pour les jeunes, une éducation, peuvent constituer une partie de la réponse à terme".

Cette année "a aiguisé notre sens des responsabilités en la matière", a encore ajouté Xavier Bettel, avant de conclure : "À nous de faire en sorte qu'au-delà du 31 décembre 2015 cet héritage soit porté par les présidences suivantes".

L’AED a montré comment la coopération au développement peut aider sur le terrain 

Neven Mimica lors de la cérémonie de clôture de l'Année européenne du Développement
© eu2015lu.eu / Charles Caratini
Le commissaire européen Neven Mimica a pour sa part estimé que 2015 avait été une année "cruciale" pour le développement alors que les Etats se sont notamment accordés sur un Agenda 2030 "ambitieux" et les moyens d’y parvenir. "L'UE a joué un rôle de premier plan" dans ce contexte, s’est-il félicité.

Le commissaire est également revenu sur les crises et défis qui ont marqué 2015, à savoir l'épidémie d'Ebola, la crise des réfugiés et des migrants, et les menaces de sécurité croissantes, des défis qui "nous rappellent combien il est important d'avoir des systèmes de santé robustes, de donner aux gens une perspective et d'éviter toute forme de radicalisation", a-t-il dit.

Selon le commissaire, l’AED a permis de montrer les effets pratiques sur la vie des personnes et elle a permis d’engager les citoyens européens dans une discussion sur la signification de l'aide au développement. "Un des aspects les plus frappants a été la façon dont les personnes dans les pays partenaires ont été en mesure de montrer comment notre coopération au développement a amélioré leur vie", a souligné Neven Mimica.

Pour ce qui est de l’avenir, le commissaire a appelé à bâtir sur les réseaux constitués au cours de l’AED, en particulier avec les jeunes, et à assurer que son héritage soit préservé.

Le rôle central de la société civile pour sensibiliser sur le développement

Linda McAvan lors de la cérémonie de clôture de l'Année européenne du Développement
© eu2015lu.eu / Charles Caratini
Lors de son intervention, l’eurodéputée Linda McAvan, a remercié le Luxembourg pour avoir montré "un grand leadership" en étant l’un des rares pays à respecter, et même dépasser, l’objectif de 0,7 % du PIB à consacrer à l’aide publique au développement, et pour avoir mené l’UE à travers plusieurs conférences majeures sur la politique de développement, à savoir Addis-Abeba et New-York.

"La Présidence laisse un bon héritage sur lequel il s’agit de construire", a-t-elle dit, notant que le véritable test sur la réussite de l’AED portera sur la manière dont l’UE et ses Etats membres mettront en œuvre les objectifs de l’Agenda 2030. Alors qu’il sera difficile d’atteindre tous les objectifs, Linda McAvan a dit espérer que l’UE montrerait son leadership en la matière.

La présidente de la commission DEV a encore salué le travail de la société civile et des ONG, souvent de petits groupes, travaillant seuls et de manière bénévole, sans lesquelles le public ne connaîtrait pas l’importance de la politique de développement. Elle a noté à cet égard qu’au plus de gens connaîtront les objectifs de l’Agenda 2030, au plus les politiques devront y être attentifs.

Pour ce qui est des défis, Linda McAvan a encore relevé que si la crise des réfugiés mettait à mal la solidarité européenne, la devise de l’Agenda 2030, à savoir ne laisser personne derrière, s’appliquait aussi aux réfugiés et que l’UE devait faire plus et mieux à ce sujet.

Combien de temps allons-nous encore accepter certaines réalités ?

Marius Wanders, ambassadeur AED 2015 de l’Alliance de la Société Civile, a tenu à raconter l’histoire de trois jeunes qui grandissent en 2015, une histoire intitulée "Tablettes, T-shirts et Adolescents" et basée sur la devise de l’AED, notre monde, notre dignité, notre futur.

Marius Wanders lors de la cérémonie de clôture de l'Année européenne du Développement
© eu2015lu.eu / Luc Deflorenne
Rappelant que notre monde était rempli de tablettes, des outils utiles aussi pour l’éducation, il a noté qu’une image manquait sur les écrans, celle du jeune de 12 ans, qui, au lieu d’aller à l’école, est forcé à travailler dans les mines du Congo pour produire les métaux qui composent précisément ces gadgets. Notre dignité d’être humain demande par ailleurs que l’on soit correctement habillé, et nos placards sont remplis de T-shirts que l’on peut acheter moins de 2 euros, a-t-il expliqué. Mais l’image qui manque est celle de la jeune fille de 14 ans contrainte de travailler 17 heures chaque jour au lieu d’aller à l’école et qui ne peut même pas s’offrir ce qu’elle produit pour nous. "Combien de temps allons-nous encore accepter ces réalités de notre monde et de notre dignité", s’est interrogé Marius Wanders.

Jugeant que "notre avenir repose sur les jeunes d'aujourd'hui", il a encore mis en avant l’histoire d’Ellen, une jeune Irlandaise engagée, qui avait participé aux Journées du développement à Bruxelles en juin 2015.Encore timide à l’époque, elle était récemment à la tête d’une manifestation appelant à un accord ambitieux à Paris, refusant de faire partie d’une nouvelle génération qui aurait fait défaut à la planète. "Je pense qu’Ellen et les milliers de jeunes engagés comme elle sont les lumières vives et brillantes d'espoir pour notre avenir".

Marius Wanders a encore jugé que le discours public sur le développement devrait continuer au-delà de 2015. Mais il ne devrait plus tellement porter sur "ce que nous donnons", mais beaucoup plus sur "la façon dont nous vivons", en particulier "la façon dont nous devons apprendre à partager équitablement les ressources limitées de la planète avec plus de 7 milliards de citoyens dans le monde en 2030", a-t-il conclu.

  • Mis à jour le 10-12-2015