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COP21 - Carole Dieschbourg et Miguel Arias Cañete font le point sur le projet d’accord adopté par les 196 parties à une semaine de la fin de la conférence

05-12-2015

Une semaine après le début des négociations dans le cadre de la COP21, la ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg, qui représente la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’UE, et le commissaire européen à l’Action climatique et à l’Energie, Miguel Arias Cañete, ont donné une conférence de presse conjointe, le 5 décembre 2015 à Paris, pour donner le point de vue de l’UE sur la situation, alors que les négociateurs des 196 parties venaient tout juste d’adopter une ébauche de l’accord mondial pour maintenir le réchauffement climatique en-dessous de 2°C.

La 21e conférence sur le changement climatique (COP21), qui se tient à Paris du 30 novembre au 11 décembre, a pour objectif d’obtenir, pour la première fois en plus de 20 ans de négociations aux Nations unies, un accord universel contraignant sur le climat, associant toutes les parties et ayant pour but de maintenir le réchauffement climatique en-dessous de 2°C. Cet accord succédera au protocole de Kyoto à partir de 2020.

Carole Dieschbourg se félicite des progrès réalisés au cours de la première semaine de négociations mais met en garde contre un projet d’accord encore trop complexe

La ministre Dieschbourg a commencé par souligner "quelques progrès réalisés au cours de la première semaine" qui ont permis d’aboutir à un texte de négociations "un peu plus court et plus clair". "Mais l’ébauche est encore trop complexe et comporte beaucoup d’options", a-t-elle dit, réaffirmant sa conviction qu’il sera possible d’en faire un accord "solide et ambitieux avec l’engagement politique de tous" et rappelant qu’il ne reste plus que sept jours pour parvenir à un accord.

La ministre a qualifié de "bon signe" le fait que les règles pour la seconde période d’engagement du protocole de Kyoto ont été approuvées la veille. Elle s’est également félicitée de la réalisation de "bons progrès" sur plusieurs aspects pertinents pour le nouvel accord, comme le renforcement des capacités  des pays en voie de développement.

Mais Carole Dieschbourg s’est estimée "préoccupée" par le fait que la révision scientifique de l’objectif de température pour limiter le réchauffement climatique (entre 1,5° et 2°C) soit bloqué par un petit nombre de parties. Dans ce contexte, elle a rappelé que l’Union européenne travaillait "en étroite collaboration" avec les pays vulnérables pour trouver des solutions.

En ce qui concerne les éléments indispensables de l’accord, la ministre luxembourgeoise a rappelé la "détermination" de l’UE et des Etats membres à obtenir un accord mondial sur le climat qui soit "juridiquement contraignant". Elle a mis en avant trois éléments particuliers.

Tout d’abord, il s’agira de trouver un objectif commun à long terme et opérationnel, qui puisse montrer la voie à suivre aux entreprises, investisseurs, à la société civile et au public en général, a-t-elle dit.

Deuxièmement, elle a insisté sur la nécessité de s’accorder sur un instrument dynamique de révision et de renforcement de l’accord. "Ceci est d’autant plus important que les engagements (INDCs pour Intended Nationally Determined Contributions en anglais) que nous avons sur la table jusqu’à présent ne sont pas suffisants pour remplir notre objectif de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C", a-t-elle précisé.

La ministre a cependant tenu à souligner que les INDCs des 185 pays étant à l’origine de plus de 95 % du total des émissions mondiales constituent "un grand pas envers notre objectif".

Troisièmement, Carole Dieschbourg a rappelé la nécessité d’avoir des règles claires et communes pour garantir que les parties respectent leurs engagements. "Sans cela, il ne sera pas possible de mesurer les progrès collectifs envers l’engagement à long terme", a-t-elle dit, insistant sur le fait que la transparence est la clé pour atteindre un accord qui fasse ses preuves.

Dans ce contexte, la ministre a rappelé que l’UE était un partenaire "solide et fiable", qui s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990. L’UE continuera à travailler intensément avec ses partenaires pour trouver des solutions fondées sur la confiance et des alliances qui fassent preuve de vrais progrès et d’ambition, a-t-elle dit.

"Le monde a urgemment besoin d’un nouvel accord climatique mondial", a-t-elle conclu, soulignant la "responsabilité historique" et la nécessité d’un accord qui fasse ses preuves, aille au compromis et soit le miroir des réalités économiques et géopolitiques actuelles.

La Journée de l’Action

Carole Dieschbourg a encore tenu à dire quelques mots sur la Journée de l’Action qui s’est tenue le 5 décembre. Elle a salué le succès des événements qui se sont déroulés durant la première semaine de la conférence, en marge des négociations. Plus particulièrement, elle a salué la réunion des quelque 700 maires venus du monde entiers à Paris le 2 décembre pour annoncer leur engagement à utiliser 100 % d’énergie renouvelable d’ici à 2050 et réduire leurs émissions de CO2 de 80 %. "Les acteurs non-étatiques constituent un élément vital dans la recherche de solutions pour contrer le changement climatique", a-t-elle dit, appelant à reconnaître cette action non-étatique dans l’accord de Paris.

Miguel Arias Cañete souligne la nécessité d’un accord ambitieux dans tous les domaines

Le message de Miguel Arias Cañete, le commissaire européen en charge de l’Action climatique et de de l’Energie, était lui aussi clair : "il ne nous reste qu’une semaine pour sceller l’accord qui façonnera le prochain siècle. Nous sommes sur le point de mettre en place un cadre qui transformera les vies et les économies dans tous les pays du monde", a-t-il dit. Pour lui, les leaders mondiaux se sont fixé les mêmes priorités. "Il n’est donc plus nécessaire de parler d’eux et de nous, mais de nous tous", a-t-il martelé. 

Mais, a estimé le commissaire, "si nous voulons aboutir, l’accord de Paris devra être ambitieux dans tous les domaines, sur la réduction des émissions, l’adaptation et les moyens pour la mise en œuvre, y compris le financement." Le financement climatique est selon lui "un élément critique" car certains partenaires auront besoin de soutien afin de pouvoir participer à l’effort global, a-t-il dit. "L’Union européenne est ici pleinement préparée à jouer son rôle", a insisté le commissaire, qui a rejeté des accusations qui "sont on ne peut plus éloignées de la vérité".

"L’UE est le plus grand bailleur de financement climatique et d’aide publique au développement du monde", a mis en avant Miguel Arias Cañete qui a livré un petit historique des efforts de l’UE. L’UE et ses Etats membres fournissent la moitié des 120 milliards de dollars dépensés par an en matière de financement climatique. Les Etats membres ont fourni en 2014 plus de 14,5 milliards d’euros aux pays en voie de développement pour lutter contre le changement climatique, une somme qui équivaut à 80 % des dépenses des pays les moins développés et des moyens du Fonds spécial pour le changement climatique, et à plus de 90 % du Fonds d’adaptation. Une grande partie de ces sommes sont des aides non remboursables, surtout dans le cas de l’adaptation dans les pays les plus pauvres et les plus vulnérables. Les dépenses pour l’adaptation sont passées en deux ans de 334 millions d’euros à 559 millions. En tout, 800 millions d’euros d’aides ont été versées par an pour le financement climatique.    

Quant à l’action future, Miguel Arias Cañete a déclaré que 20 % du budget de l’UE seront consacrés à l’action contre le changement climatique jusqu’en 2020. 14 milliards iront aux pays en voie de développement, une moyenne de plus de 2 milliards d’aides par an. Plus il y aura de donateurs, plus il sera selon lui possible d’aider. "Une coopération Sud-Sud est déjà une réalité", a-t-il signalé.     

Au sujet des ambitions de l’UE, le commissaire a déclaré qu’il serait "plus facile d’arriver à un accord faible qu’à un accord fort". Et il a ajouté : "mais nous ne sommes pas venus ici pour arriver à un accord faible. Ce serait pire qu’aucun accord du tout".  Partant du fait que les participants à la conférence partagent une vision et reconnaissent qu’il faut aboutir à un accord en fin de semaine, il a estimé "que nous sommes venu pour arriver à un accord ambitieux, équitable, durable et dynamique qui nous mettra sur une voie marquée par moins d’émissions de carbone et une résilience climatique pour éviter un changement climatique dangereux. Ce sera le seul accord qui sera acceptable".

Interrogé sur la notion d’accord "juridiquement contraignant" pour les engagements visant à prendre des mesures de réduction des émissions de carbone, le commissaire a souligné que tel était le mandat de l’UE à la COP21, et qu’elle n’était pas la seule à soutenir cette approche. Sachant que les USA ne veulent pas lier leurs engagements de réduction à un engagement juridiquement contraignant, Miguel Arias Cañete a dit que l’UE était prête à discuter des "alternatives", à condition qu’elles permettent d’arriver à un accord fort, durable et global. Si les USA ne devaient pas accepter la notion de "juridiquement contraignant", ils devront accepter des éléments de langage qui établissent la confiance que tous vont livrer selon les termes de leurs engagements. "Nous voulons que les USA soient à bord. Nous ne voulons pas que Kyoto se répète. L’accord doit être universel", a-t-il conclu.   

Les ministres de l’Environnement et du Climat représentant les 196 parties prendront la relève dès le 7 décembre afin d’aboutir à un accord final pour le 11 décembre.  

  • Mis à jour le 07-12-2015