Affaires étrangères
Ministres au Parlement européen

Le sommet UE-Turquie a permis d’aboutir à des résultats concrets, a estimé Nicolas Schmit devant le Parlement européen

02-12-2015

Le 2 décembre 2015, Nicolas Schmit, ministre en charge des relations avec le Parlement européen pendant la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’UE, est intervenu à Bruxelles devant le Parlement réuni en plénière pour se prononcer sur les résultats du sommet UE-Turquie du 29 novembre 2015. Pour rappel, lors de cette réunion, un plan d'action commun avait été adopté entre l’UE et la Turquie pour faire face à la crise des réfugiés. L'UE fournira un fonds de trois milliards d'euros pour aider la Turquie à accueillir des réfugiés syriens qui se trouvent sur son territoire.

"Cette réunion a permis d’aboutir à des résultats concrets"

Nicolas Schmit devant le Parlement européen le 2 décembre 2015
© European Union 2015 - Source : EP
"Cette réunion était pleinement opportune, car elle a permis d’aborder des questions capitales pour la sécurité de l’Union", a déclaré Nicolas Schmit en guise d’introduction. Il estime que cette réunion a permis d’aboutir à "des résultats concrets", "que ce soit sur la revitalisation de ces relations, sur la libéralisation du régime des visas et sur la réadmission ou sur l'aide humanitaire et financière en faveur des deux millions de réfugiés en Syrie". Elle a en outre permis de confirmer la "nécessité d’une coopération accrue" et "d’un dialogue régulier" avec la Turquie.

Le ministre a souligné l’importance dans le contexte actuel de discuter avec la Turquie, tant sur la question de la migration que sur le cadre plus large des relations entre l’UE et la Turquie. "Nous partageons avec la Turque beaucoup d’intérêts communs, et notre coopération est indispensable face aux trois crises majeures qui nous affectent et qui affectent la Turquie", a-t-il déclaré, évoquant la guerre en Syrie et "la nécessité absolue de trouver une solution politique à ce conflit "meurtrier et déstabilisateur", le problème des réfugiés qui est directement lié à ce conflit, et enfin, le terrorisme qui a frappé l’UE et la Turquie.

"Tout ce que nous avons conclu avec la Turquie doit néanmoins nous encourager à poursuivre ce que nous faisons à l’intérieur de l’UE", a néanmoins précisé le ministre, évoquant la nécessité de renforcer le contrôle des frontières extérieures de l’UE, et de produire des avancées en ce qui concerne les politiques de relocalisation.

"Tous les éléments agréés lors du sommet devront progresser en parallèle et faire l'objet d'une évaluation attentive", a encore dit Nicolas Schmit. Et de préciser que "cela vaut aussi pour le processus d’adhésion", en soulignant que toutes les conditions qui s’appliquent aux pays candidats sont "évidemment" applicables à la Turquie.  

Pour Frans Timmermans, un nouveau chapitre dans les relations avec la Turquie a été ouvert

Frans Timmermans devant le Parlement européen le 2 décembre 2015
© European Union 2015 - Source : EP
Le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans a estimé qu’il ne faut pas avoir "honte" de l’accord avec la Turquie car celui-ci est basé sur un "intérêt  commun". L’accord permettra de mieux gérer les flux migratoires, d’enrayer la migration irrégulière et de mieux protéger les frontières. Le sommet est allé bien au-delà de la crise des réfugiés, a affirmé le vice-président. "Nous espérons que ce sommet permettra de créer un "nouveau partenariat avec la Turquie", a-t-il déclaré, en précisant qu’il s’agit d’un "partenaire stratégique" de l’Union en matière de commerce, d’économie, d’énergie et de politique étrangère et que l’Union et la Turquie font face aux mêmes menaces sécuritaires ce qui les oblige à renforcer leur coopération anti-terroriste.

Néanmoins, ce "nouveau chapitre" dans les relations UE-Turquie n’amènera pas l’UE à oublier les divergences et différences, comme la liberté d’expression et les droits de l’homme, a indiqué Frans Timmermans. "Revitaliser" les relations UE-Turquie équivaut pour le vice-président à mettre une nouvelle énergie dans les négociations d’adhésion. A part le chapitre 17 qui sera formellement ouvert lors d’une conférence intergouvernementale le 14 décembre 2015, Frans Timmermans a rappelé que  la Commission s’est engagée à préparer pour le premier trimestre 2016 l’ouverture des chapitres suivants : 15 (Energie), 23 (Appareil judiciaire et droits fondamentaux), 24 (Justice, liberté et sécurité), 26 (Education et culture) et 31 (Politique étrangère, de sécurité et de défense). Pour lui, l’ouverture des chapitres 23 et 24 constitue la meilleure manière d’ouvrir le débat sur les droits de l’homme et d’obliger la Turquie à rendre des comptes de ses actions.

Quant à la libéralisation du régime des visas qui vise à supprimer les obligations en matière de visa pour les citoyens turcs dans l'espace Schengen d'ici octobre 2016, Frans Timmermans a rappelé que la Turquie devra répondre aux exigences qui resteront "fermes" et devront être appliquées pleinement. Ce processus devra aller de pair avec un "progrès substantiel" en ce qui concerne l’accord de réadmission entre l’UE et la Turquie, signé en décembre 2013 et entré en vigueur en octobre 2014, a jugé le vice-président. Il s’est félicité du fait que la Turquie va pleinement mettre en œuvre cet accord à partir de juin 2016 et non pas à partir d’octobre 2017.

Les trois milliards d’euros que l’UE fournira à Ankara ne sont pas destinés à la Turquie, mais aux réfugiés syriens afin d’améliorer leurs conditions de vie et leur offrir de meilleurs services de santé et d’éducation, a souligné le vice-président.

Il a également plaidé pour renforcer le mécanisme de réinstallation de réfugiés en dehors du territoire européen qui permettra selon lui de réduire la misère humaine, d’assurer un partage équitable des responsabilités et d’identifier clairement les personnes qui viendront en Europe. Ce mécanisme se fera sur base volontaire, a précisé le Frans Timmermans.

Le débat

Pour le député Manfred Weber (PPE), le sommet a permis d’arriver à des "bons résultats". Selon lui, la libéralisation du régime des visas va provoquer des débats, notamment en raison du nombre déjà important des "overstayers" dans l’Union (des personnes qui restent au-delà de la période autorisée). Il a appelé à assurer la protection des frontières extérieures de l’UE, en accusant la Grèce de ne pas appliquer les normes de Schengen. Manfred Weber a encore appelé à soutenir également d’autres pays comme le Liban ou la Jordanie qui font un "travail énorme" en matière d’accueil de réfugiés. Il a remercié la Commission pour sa "clarté" en matière de points critiques, comme la liberté d’expression en Turquie, dans son rapport annuel publié le 10 novembre 2015. 

L’eurodéputé Gianni Pittella (S&D) estime que l’accord avec la Turquie est "une occasion à saisir". "Tendre la main à la Turquie ne veut pas dire lui donner un chèque en blanc", a-t-il affirmé. A ses yeux, l’avenir de la Turquie se situe au sein de l’UE. Il estime qu’Ankara a besoin de l’Europe, car ce lien lui permet d’éviter "toute tentation autoritaire" et "l’appauvrissement de sa démocratie". De son côté, l’UE a elle aussi besoin de la Turquie, pour des raisons sécuritaires et pour parvenir à maîtriser la crise des réfugiés, a signalé l’eurodéputé italien.

Gianni Pittella a toutefois insisté sur l’importance que les libertés fondamentales soient respectées en Turquie. "L’ouverture de nouveaux chapitres de négociations avec Ankara ne signifie pas que l’UE accepte tout ce que la Turquie veut", a-t-il dit. "Cet accord ne doit pas devenir une sorte de mariage forcé dont la fin est déjà définie", a-t-il conclu.

S’il a reconnu l’importance de coopérer avec la Turquie, Syed Kamall (ECR) a toutefois signalé qu’une telle coopération ne doit pas impliquer un transfert des problèmes européens vers Ankara. S’agissant de l’adhésion de la Turquie à l’UE, Syed Kamall estime que celle-ci "n’apparaît pas à l’horizon", car trop de citoyens européens n’accepteraient pas la Turquie au sein de l’UE. Les violations des droits fondamentaux en Turquie constituent selon lui un autre obstacle, tout comme le fait qu’Ankara ait des frontières communes avec l’Iran, l’Irak et la Syrie.

L’eurodéputé Guy Verhofstadt (ALDE) a fait écho aux propos tenus par Syed Kamall, estimant qu’une coopération avec la Turquie ne devait pas impliquer une "délocalisation des problèmes européens". "La coopération oui, mais non à la sous-traitance. L'Europe doit balayer devant sa porte et décider en premier lieu, d'ici la fin de l'année, de la création d'un corps européen de garde-côtes et de garde-frontières. L'absence de progrès est tout simplement inacceptable", a-t-il dit. Il a par ailleurs jugé "honteux" que les conclusions écrites du sommet ne mentionnent pas la situation des droits de l’homme et de la liberté de presse en Turquie.

Enfin, Guy Verhofstadt a indiqué que la frontière de la Grèce est la frontière extérieure de Schengen, et que si la Grèce n’est pas en mesure de gérer celle-ci, elle doit accepter l'aide européenne. "Vous ne pouvez pas appartenir à la zone Schengen et en même temps refuser de gérer vos frontières. Sinon, c’est l’implosion de la zone Schengen." a déclaré l’eurodéputé.

Hadjigeorgiou Tajis (GUE/NGL) a insisté sur l’importance que la Turquie soit prête à résoudre la question chypriote si elle veut devenir membre de l’UE.

La députée Rebecca Harms (Verts/ALE) s’est interrogée quant à elle sur la manière dont l’UE assurera que le fonds de trois milliards d’euros aille aux réfugiés, en demandant des garanties. Pour elle, l’accord risque d’amener la Turquie à empêcher les réfugiés de partir et à les incarcérer. Selon elle, ce pays n’est pas un partenaire fiable en matière de questions relatives aux réfugiés

 

  • Mis à jour le 03-12-2015