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European Data Forum 2015 – Pour Xavier Bettel, le marché unique numérique est "un domaine dans lequel l’Europe peut montrer qu’elle est capable de tenir ses promesses"

16-11-2015

Dans le cadre de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union européenne, l’édition 2015 du "European Data Forum" se tient à Luxembourg les 16 et 17 novembre 2015.

Ce rendez-vous annuel de l’industrie, de la recherche, des autorités publiques et des initiatives communautaires consacré aux défis liés au Big data et à l’économie des données avait pour objectif de répondre à la question : "Comment exploiter l’intégration des données dans un marché unique européen du numérique ?".

"Pour profiter du potentiel de croissance du Big data, nous devons assurer que les données, leurs relais et leurs intermédiaires, sont dignes de confiance", estime Xavier Bettel

Dans son discours d’ouverture prononcé le 16 novembre 2015, Xavier Bettel, Premier ministre et ministre des Communications et des Médias, a souligné combien "les technologies numériques sont, plus qu’un simple secteur économique, un élément essentiel de la compétitivité, le sang qui fait battre nos économies et, de plus en plus, nos sociétés". A ses yeux, les défis qui se posent, tant au Luxembourg que dans l’UE, sont de savoir comment développer les compétences numériques dont nous avons besoin, comment former les spécialistes des données de demain, comment faciliter la création de nouvelles entreprises innovantes, comment développer une politique de données plus ouverte ou encore comment assurer la protection des données dans un monde de plus en plus interconnecté.

Mais l’un des plus grands défis, c’est le caractère transfrontalier des nouvelles technologies, a relevé Xavier Bettel. Et pour y faire face, il a plaidé pour "un large cadre européen et une coopération transfrontalière". Dans ce contexte, le Luxembourg, qui est toujours en faveur de plus d’intégration, soutient pleinement la Commission, qui a fait de l’économie numérique une priorité. Il a donc aussitôt salué son initiative sur le marché unique numérique. Xavier Bettel a d’ailleurs souligné l’approche horizontale retenue par la Commission, qui est aussi celle de Digital Lëtzebuerg.

Xavier Bettel lors de l'ouverture du European Data Forum 2015 à Luxembourg le 16 novembre 2015
Xavier Bettel, qui a mis l’accent sur le plan d’investissement Juncker, a fait part de son espoir de voir augmentés les investissements dans le raccordement à la dorsale Internet au-delà des frontières. Chaque communauté sur le continent devrait avoir accès à l’Internet à large bande, que ce soit par la fibre, le câble, le téléphone portable ou par satellite, estime en effet le Premier ministre. Il espère aussi que des investissements seront faits dans la capacité de traitement des données en Europe, ce qui ne se limite pas aux infrastructures, mais porte aussi sur la formation et l’attrait de talents.

"Chaque jour, le Luxembourg doit supporter le fardeau et les limitations liés à la fragmentation du marché unique numérique en 28 marchés nationaux", a déploré Xavier Bettel. Le Premier ministre est inquiet des conséquences de ces difficultés pour les "champions européens des technologies", et notamment les plus petits d’entre eux. "Nos entrepreneurs veulent et ont besoin de plus de sécurité juridique, de plus d’infrastructure de qualité et de plus d’Europe", a-t-il poursuivi avant de juger que c’est "un domaine dans lequel l’Europe peut montrer qu’elle est capable de tenir ses promesses".

Les grandes avancées se font aujourd’hui dans le domaine de l’innovation portée par les données (en anglais, "data-driven innovation"), a relevé Xavier Bettel. Selon lui, "pour profiter du potentiel de croissance du Big data, nous devons assurer que les données, leurs relais et leurs intermédiaires, soient dignes de confiance". Pour cela, il faut moderniser les règles de protection des données, en tenant compte à la fois  des préoccupations légitimes des citoyens en termes de confidentialité  et des intérêts scientifiques et économiques du monde de la recherche et des entreprises. A ce titre, a-t-il rappelé, la réforme du cadre légal de la protection des données est une des priorités premières de la Présidence luxembourgeoise, qui œuvre pour qu’un accord soit trouvé d’ici la fin de l’année. "Mettre en place un ensemble unique de règles en Europe sera une étape majeure en vue d’un marché unique numérique pleinement fonctionnel et va offrir une sécurité juridique bien nécessaire à ce moment décisif", a-t-il conclu.

Pour Andrus Ansip, la confidentialité et la protection des données sont "un avantage compétitif essentiel"

Andrus Ansip, vice-président de la Commission européenne en charge du marché unique numérique, a commencé par souligner la puissance fascinante qu’ont pu acquérir des données intangibles aujourd’hui en devenant source de progrès et d’opportunités. Toutefois, a-t-il reconnu, les politiques et les règles en matière de données ne reflètent pas une réalité qui évolue très vite. C’est le concept même de données qui change. Il convient selon le commissaire de lui donner non seulement une nouvelle définition, mais aussi de définir un nouveau rapport aux données. Si les données peuvent être vues comme "une marchandise", elles doivent rester aussi ouvertes que possibles, a-t-il indiqué.

Andrus Ansip lors de l'ouverture du European Data Forum 2015 à Luxembourg le 16 novembre 2015
"Le point de départ de tout ce qui concerne les données est la confidentialité", a insisté le commissaire, conscient que la protection des données personnelles est une des principales préoccupations des utilisateurs. "Cela doit être respecté, car la confiance fait tout", a-t-il souligné. A ses yeux, il faut arrêter de voir la confidentialité et la protection des données comme un obstacle aux activités économiques. Au contraire, a-t-il affirmé, elles sont "un avantage compétitif essentiel".

Quant au potentiel de croissance de l’économie des données, qui affiche 40 % de croissance par an, Andrus Ansip a mis en garde contre le fait qu’il resterait limité si la libre circulation des données au sein de l’UE ne devient pas une réalité. Or, a-t-il constaté, actuellement, des barrières juridiques ou techniques limitent les flux transfrontaliers de données. Selon le commissaire, il revient au législateur d’identifier où sont les barrières tout au long de la chaîne de valeur des données : il peut s’agir par exemple de problèmes de standards au moment où les données sont générées, de limitations dans le transfert de données ou encore de règles fragmentées en ce qui concerne le stockage de données. Mais il faut aussi améliorer les possibilités de l’UE en termes de traitement et d’analyse de données. Sur ce point, il existe des barrières en termes de compétences, de développement lent de l’écosystème des données et d’un manque de marchés pour réutiliser les données, a expliqué le commissaire.

L’ambition de la Commission est de faire fonctionner l’économie des données dans l’UE, a conclu Andrus Ansip qui a pour objectifs d’établir la sécurité juridique pour les données personnelles, d’éliminer les restrictions injustifiées à la localisation des données, de donner aux consommateurs et aux petites entreprises la possibilité de transférer leurs données sans dommage, de mettre en place des accords sur les transferts de données sûrs et durables avec les principaux partenaires internationaux de l’UE, de lancer une initiative sur le Cloud européen ou encore d’améliorer les conditions pour la réutilisation, l’accès et une plus grande ouverture des données publiques et des données des entreprises.

  • Mis à jour le 17-11-2015