Justice et Affaires intérieures
Autre

En visite à Athènes, Jean Asselborn a assisté au départ de 30 demandeurs d’asile qui vont être relocalisés au Luxembourg

04-11-2015

Jean Asselborn, Dimitris Avramopoulos, Alexis Tsipras et Martin Schulz à l'aéroport d'Athènes le 4 novembre 2015
(c) MAEE
Le 4 novembre 2015, Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères et européennes, ministre de l’Immigration et de l’Asile du Luxembourg, s’est rendu à Athènes avec Dimitris Avramopoulos, commissaire européen aux Migrations et aux Affaires intérieures, afin de rencontrer les 30 premiers demandeurs d’asile à bénéficier du mécanisme de relocalisation depuis la Grèce sur lequel les ministres européens se sont accordés en septembre dernier sous Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’UE.

Depuis l’aéroport d’Athènes, ils ont de concert avec le Premier ministre grec Alexis Tsipras, le président du Parlement européen Martin Schulz, et le ministre grec délégué à la Migration, Yannis Mouzalas, assisté au départ de ce premier groupe de candidats à l’asile vers le Luxembourg, qui se chargera de traiter leur demande d’asile, avant de s’adresser à la presse.

Pour rappel, le Conseil a approuvé en deux étapes la relocalisation d’urgence d’un total de  160 000 personnes ayant besoin d’une protection internationale depuis l’Italie et la Grèce, sur proposition de la Commission européenne. La décision de relocaliser 40 000 personnes avait été approuvée à l’unanimité lors du Conseil extraordinaire Justice et Affaires intérieures (JAI) le 14 septembre 2015, tandis celle sur la relocalisation de 120 000 personnes supplémentaires avait été prise à la majorité qualifiée lors du Conseil extraordinaire JAI du 22 septembre 2015.

Le 9 octobre 2015, Jean Asselborn et Dimitris Avramopoulos avaient déjà assisté à Rome au départ des 19 premiers demandeurs d’asile bénéficiaires de ce mécanisme depuis l’Italie. Jusqu’à présent, deux départs ont déjà eu lieu depuis l'Italie, à destination de la Suède et de la Finlande, ce qui a concerné 86 personnes, érythréennes et syriennes.

"Nous avons besoin d’agir très rapidement au risque qu’il ne soit trop tard"

Lors d’une conférence de presse organisée suite au départ vers Luxembourg, Jean Asselborn a exprimé sa volonté que les familles accueillies aient "la possibilité de commencer une nouvelle vie dans notre pays, de vivre en paix, en sécurité, et qu’un jour si elles le souhaitent elles aient aussi la possibilité de rentrer dans leur pays".

Le ministre a par ailleurs rappelé que la Présidence luxembourgeoise avait convoqué une nouvelle réunion extraordinaire du Conseil JAI le 9 novembre 2015 qui sera consacrée à la mise en œuvre des mesures décidées en juillet et en septembre. Cette visite en Grèce était l’occasion de la préparer avec les responsables grecs. Pour cette mise en œuvre, "nous avons besoin d’infrastructures, de personnels et nous avons besoin d’agir très rapidement au risque qu’il ne soit trop tard", a dit le ministre.

"Les murs, les barrières et les barbelés ne peuvent pas être l'image de l'Europe à l'avenir" a encore estimé Jean Asselborn. "Nous avons besoin de responsabilité et de solidarité pour répondre au défi difficile de la migration, qu’il s’agisse des pays d’arrivée, des pays de transit ou des pays de destination", a-t-il dit. Jean Asselborn a souligné que la relocalisation des 30 demandeurs d’asile vers le Luxembourg n’était "qu’un début», mais qu’il s’agissait d’une "étape très importante pour être capable de résoudre le problème de la migration". "Nous devons changer très rapidement", a-t-il conclu, "si nous y arrivons, la solidarité et la responsabilité seront plus fortes dans l’UE, mais si nous échouons, les valeurs de l’Union seront en quelque sorte détruites".

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a de son côté reconnu que le départ des premiers demandeurs d’asile n'était qu'une "goutte dans l'océan", mais il a dit espérer qu'elle devienne "un torrent, puis un fleuve d'humanité" et de "responsabilité partagée".

Il a par ailleurs insisté sur le fait que ce n’était pas la Grèce mais la Turquie qui servait de porte d’entrée des demandeurs d’asile dans leur route vers l’UE, et qu’il fallait donc une meilleure coopération avec ce pays. L’objectif est que "les procédures d'enregistrement et de relocalisation puissent à terme commencer sur les côtes turques, et pas sur les îles grecques" et que l’on puisse ainsi épargner les vies qui sont chaque jour risquées lors de traversées en mer périlleuses.

Pour Martin Schulz, répartir 1 million de réfugiés parmi les 507 millions d’habitants que comptent  les 28 Etats membres de l’UE n’est pas un problème. En revanche, si seul un nombre réduit de pays participent, cela peut devenir un problème pour eux, a-t-il mis en garde afin de rappeler que, depuis le début de la crise des réfugiés, le Parlement européen n’a eu de cesse d’appeler tous les Etats membres à participer au mécanisme de relocalisation.

Martin Schulz a par ailleurs rappelé que la solidarité est une des valeurs fondamentales de l’UE. Ce n’est que le début, et beaucoup reste à faire pour résoudre le problème, a admis le président du Parlement européen. Mais ceux qui arguent que le problème est grec, ou allemand, ou italien se trompent, car c’est un défi européen auquel nous faisons face, a insisté Martin Schulz. "Et la réponse à un défi global ne peut être ce particularisme national, mais la coopération européenne", a-t-il conclu.

Dimitris Avramopoulos a insisté sur la nécessité de faire du mécanisme de relocalisation "un processus standard" et de travailler parallèlement avec les pays tiers, notamment sur les politiques de retour et de réadmission. Selon le commissaire, il faut s’assurer que ceux qui n’ont pas droit au statut de réfugié, les migrants dits économiques, puissent être renvoyés chez eux, a-t-il poursuivi, indiquant qu'il allait se rendre prochainement au Pakistan pour en discuter avec les autorités.

Ioannis Mouzalas a salué le travail des volontaires et des organisations impliquées dans l’accueil des réfugiés. "Ce que vous avez vu aujourd’hui doit devenir notre routine", a-t-il déclaré. Mais il a aussi appelé à ne jamais s’habituer aux personnes qui perdent la vie en mer en tentant de rallier les côtes grecques.

  • Mis à jour le 10-11-2015