Affaires étrangères
Réunion ministérielle informelle

Conseil Défense informel à Luxembourg – Federica Mogherini propose de passer à la phase 2 de l’opération EUNAVFOR MED en vue d’intervenir contre les passeurs dans les eaux internationales

02-09-2015 / 03-09-2015

Federica Mogherini et Etienne Schneider à l'issue de la réunion informelle des ministres de la Défense qui s'est tenue le 3 septembre 2015 à Luxembourg
© eu2015lu.eu / Julien Warnand
Les ministres de la Défense de l’Union européenne (UE) se sont réunis les 2 et 3 septembre 2015 à Luxembourg pour une réunion informelle co-présidée par Etienne Schneider, ministre luxembourgeois de la Défense, et Federica Mogherini, Haute représentante de l'Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. Le premier volet était consacré aux résultats et à la mise en œuvre des conclusions du Conseil européen de juin 2015. La deuxième session a porté sur les opérations PSDC (Politique de sécurité et de défense commune) en cours, et plus particulièrement sur la mission navale EUNAVFOR MED, lancée en juillet 2015 afin de lutter contre les trafiquants d’êtres humains en Méditerranée. Des représentants de l’OTAN et de l’ONU ont également participé à la réunion. 

Au cours de la première session de travail, les ministres ont salué les travaux en cours pour définir une stratégie globale de l'UE pour la politique étrangère et la sécurité, a fait savoir Etienne Schneider. Ils ont notamment insisté sur l’importance de la défense et de la PSDC dans la future stratégie, tout en s’accordant sur le fait que l’une des priorités restait le renforcement des capacités de l’Union européenne. "Il faut continuer à investir dans notre défense : c’est-à-dire qu’il faut dépenser plus, il faut dépenser mieux et surtout, il faut le faire ensemble, en coopérant davantage entre Etats membres et en évitant ainsi les double emplois", a indiqué Etienne Schneider.

Les ministres ont également discuté des menaces hybrides, "un défi majeur" partagé avec l’OTAN et discuteront, d’ici à la fin de l’année, d’orientations concrètes pour agir, a fait savoir Etienne Schneider. Ils ont également souhaité des "avancées concrètes" dans le renforcement des capacités de leurs partenaires pour les aider à prendre en charge leur propre sécurité. A ce titre, ils ont évoqué le lancement de projets concrets "Train & Equip".

Enfin, les discussions au cours de la première session de travail ont porté sur la coopération "de plus en plus étroite" entre l’OTAN et l’UE. Les ministres ont également discuté d’un renforcement de la coopération de l’UE avec l’ONU, par exemple à travers le déploiement des groupements tactiques, a encore fait savoir Etienne Schneider.

La deuxième session, présidée par Federica Mogherini, s’est donc concentrée sur la dernière opération PSDC de l’UE, EUNAVFOR MED, pour laquelle la Haute représentante a proposé d’enclencher la phase deux des opérations.

Rappelant que l’opération en Méditerranée "est une partie fondamentale de notre stratégie", elle a souligné que celle-ci avait déjà contribué à sauver quelque 1 500 personnes en mer,  ce qui en soi est  "d’une valeur inestimable" et "une raison d’être fier, alors qu’en tant qu’Européens par rapport à la crise des réfugiés, nous n’avons pas beaucoup de raisons de l’être ces derniers mois". Et d’ajouter : "Quand l’UE agit rapidement et de manière unie, avec le soutien politique fort de tous les Etats membres, nous voyons les résultats".

Soulignant qu’EUNAVFOR avait été pleinement opérationnelle en quatre semaines et qu’elle avait depuis "rempli tous les objectifs militaires de la phase 1", à savoir la collecte d’informations et de renseignements sur les passeurs et les trafiquants d’êtres humains, Federica Mogherini a annoncé avoir proposé de passer à la phase deux de l’opération, qui vise à arraisonner et saisir les bateaux utilisés par les passeurs et arrêter et poursuivre ces derniers. "Les renseignements recueillis lors de la première phase ont montré qu’à au moins seize reprises ces cinq dernières semaines, nous aurions pu poursuivre des trafiquants. Passer à l’étape suivante nous permettrait d’agir de manière efficace en opérant en haute mer".

Les bâtiments de guerre européens ne pourront cependant opérer qu’en haute mer, sans pouvoir entrer dans les eaux territoriales libyennes, faute d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU les y autorisant ou de l’accord des autorités de ce pays, où deux gouvernements se disputent le pouvoir. "Nous avons décidé depuis le début que nous agirions dans le cadre du droit international. Cela signifie que nous allons opérer dans les eaux internationales", a-t-elle ajouté.

Photo de famille des ministres de la Défense
© eu2015lu.eu / Luc Deflorenne
La Haute représentante a par ailleurs souligné que la décision devrait être formellement adoptée par les Etats membres en Conseil. Si elle a noté "un grand consensus" parmi les ministres de la Défense sur la nécessité de passer à la phase deux, elle a dit espérer que cela se traduise dans des décisions "dans les prochaines semaines, pas les prochains mois". "Les ministres de la Défense ont fait preuve d’un haut degré de compréhension quant à l’urgence d’agir et cela de manière unie", a-t-elle poursuivi, disant espérer qu’il en sera de même quand il faudra prendre les décisions dans les différentes formations du Conseil. "Nous ne pourrons pas faire face à cette situation dramatique sans précédent avec des approches individuelles, qu’il s’agisse d’un seul Etat membre ou d’un seul type de politique, interne ou externe. Nous avons besoin d’un ensemble de mesures et avant tout que l’Europe agisse rapidement, de manière solidaire et en prenant ses responsabilités", a-t-elle appuyé.

Federica Mogherini sondera d’ailleurs les ministres des Affaires étrangères sur le sujet lors de leur réunion informelle des 4 et 5 septembre 2015 à Luxembourg, a-t-elle annoncé. Cette réunion sera notamment consacrée à la coopération avec les pays de transit et d’origine, à la prévention et à la résolution des crises "que nous avons ouvertes autour de nous, principalement la crise libyenne". "Ce sont des éléments clés du puzzle qui contribueront de manière significative à diminuer les flux de personnes et surtout les situations dramatiques vécues par des hommes, des femmes et des enfants", a-t-elle dit. Et de rappeler, en faisant référence à la photo publiée dans de nombreux médias d’un enfant mort noyé gisant sur une plage, que "même en l’absence d’images, ces événements dramatiques se produisent tout de même". "Notre travail n’est pas d’exprimer des regrets ou de faire des minutes de silence mais de prendre des décisions" et de "s’assurer qu’elles soient traduites en actions concrètes", a-t-elle ajouté.

"En tant qu’être humain, c’est quelque chose qui touche mais en tant que responsable politique, permettez-moi cette expression informelle puisque nous sortons d’une réunion informelle : j’en ai assez de voir que les politiciens sont appelés à réagir de manière émotionnelle. Notre travail est de prendre des décisions de manière rationnelle tout en étant cohérents avec nos émotions. Je suis sûre que nous sommes tous choqués en voyant ces images mais ce que j’attends, ce n’est pas seulement que nous soyons choqués mais aussi que nous soyons assez responsables pour prendre les décisions qui en résultent", a-t-elle conclu.

  • Mis à jour le 04-09-2015