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La Présidence luxembourgeoise et la Commission européenne se félicitent de partager des priorités identiques lors de la visite du collège des commissaires à Luxembourg

03-07-2015

Photo de famille à l'occasion de la visite de la Commission européenne auprès de la Présidence luxembourgeoise le 3 juillet 2015
© eu2015lu.eu/Luc Deflorenne
Deux jours après le début officiel de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union européenne (UE), la Commission européenne s’est rendue dans la capitale grand-ducale, le 3 juillet 2015, en vue d’y effectuer sa visite traditionnelle dans l’Etat membre qui occupe la Présidence pendant les six prochains mois. L’occasion pour le collège des commissaires d’échanger avec les ministres luxembourgeois dans plusieurs groupes de travail et pour le Premier ministre, Xavier Bettel, et le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, d’évoquer les priorités de la Présidence et l’actualité politique lors d’une entrevue bilatérale.

La Présidence et la Commission saluent des priorités identiques

Dans une conférence de presse conjointe, les deux hommes ont d’ailleurs confirmé que les priorités de la Présidence et de la Commission étaient identiques, alors que le programme luxembourgeois se base à la fois sur l’agenda stratégique du Conseil européen, sur les dix priorités de la Commission Juncker ainsi que sur le programme de travail de cette dernière. Le Premier ministre a rappelé à cet égard les sept priorités de la Présidence.

Le Premier ministre luxembourgeois a souligné que la Présidence essayerait aussi, en collaboration avec la Commission, les Etats membres et le Parlement européen "de faire avancer des sujets d’actualité internes à l’UE mais aussi externes". Des sujets pour lesquels "il y a urgence, souvent d’ordre humanitaire, où des existences et des vies en dépendent", a-t-il poursuivi et qui risquent de bousculer l’agenda.

Xavier Bettel a notamment cité la Grèce, un Etat membre "qui nous a intensément occupés au cours des dernières semaines, et cela ne changera pas". Selon le Premier ministre, le référendum prévu le dimanche 5 juillet 2015 "aura aussi des conséquences". Pour ce qui est du Royaume-Uni, et du référendum britannique annoncé sur l’appartenance à l’UE, Xavier Bettel a répété qu’il jugeait nécessaire de bâtir des ponts. "Pour pouvoir construire un pont, il faut avoir un endroit pour le construire des deux côtés de la rive", a-t-il nuancé, en précisant que "la Présidence luxembourgeoise veut maintenir la Grèce au sein de la zone euro et le Royaume-Uni dans l’UE".

La thématique des migrations est une autre priorité, a dit le Premier ministre suite notamment à la mission confiée aux ministres de l’Intérieur lors du Conseil européen de juin 2015 sur la relocalisation et la répartition de 60 000 demandeurs d’asile dans l’UE sur base volontaire. "La Présidence luxembourgeoise est en train de discuter avec différents Etats membres [et] je souhaite vivement que la solidarité ne soit pas qu’un mot, mais qu’elle retrouve des répercussions dans les textes et chiffres", a-t-il dit. Le groupe terroriste Etat islamique, la situation en Syrie, en Ukraine et la sécurité sont autant de priorités.

Pour tous ces dossiers, la collaboration entre la Commission et la Présidence est jugée primordiale et elle a d’ailleurs déjà commencé bien en amont de la Présidence selon le Premier ministre qui a fait l’éloge "des contacts réguliers", avec l’institution.

"Le Luxembourg a toujours été un pays qui a su construire des ponts", dit Xavier Bettel

Xavier Bettel a par ailleurs insisté sur l’intitulé du programme de la Présidence luxembourgeoise, "une Union pour les citoyens", indiquant que l’objectif était de faire une Europe "plus proche des attentes citoyens et plus efficace pour les entreprises et les PME". Il s’agira dans ce contexte d’être "à l’écoute des citoyens, des partenaires sociaux et des entreprises", a-t-il dit. Répondant à la presse, le Premier ministre a détaillé sa pensée, indiquant "qu’aujourd’hui, nous avons une situation où les citoyens ne comprennent pas l’Europe et son fonctionnement". Pour lui, "il faut remettre le citoyen au centre", en garantissant notamment sa participation. Xavier Bettel juge que les questions sociales sont donc une priorité, car "on ne peut pas faire comprendre aux gens que l’Europe, ce n’est que de l’argent, c’est aussi les garanties au niveau des travailleurs".

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, et Xavier Bettel, Premier minsitre luxembourgeois
© eu2015lu.eu / Charles Caratini
Pour le Premier ministre, les messages issus du dernier Conseil européen ne sont d’ailleurs "pas ceux d’une union qui va dans le même sens" d’où l’importance de chercher des positions communes. "On doit faire comprendre que l’Europe est un projet où les citoyens sont au centre de l’intérêt" et "arrêter de faire croire que l’Europe, ce sont des fonctionnaires, des extraterrestres qui décident pour nous à Bruxelles". "L’Europe c’est nous, il faut rapprocher les citoyens de l’Europe, et c’est la grande responsabilité au niveau des politiques eux-mêmes", a-t-il dit.

"Le Luxembourg a toujours été un pays qui a su construire des ponts entre les uns et les autres", a encore dit Xavier Bettel qui a jugé que c’était "l’un des moments importants pour le faire". Il s’agit pour lui de construire des ponts entre les pays, mais aussi entre les classes sociales, alors que le Triple A social voulu par Jean-Claude Juncker pour l’UE "est aussi une priorité de notre présidence". Le Premier ministre veut ainsi promouvoir le dialogue et a salué à cet égard l’organisation le 17 novembre 2015 d’une conférence sur le TTIP qui rassemblera notamment les partenaires sociaux. "Il faut créer des ponts aussi dans les différents conflits qui peuvent exister aujourd'hui aux portes de l’Europe. Et recréer des ponts qui existaient hier au sein de l’UE et qui actuellement ont des bases plutôt fragiles", a encore dit Xavier Bettel.

"Si les Grecs votent non [au référendum du 5 juillet], la position grecque sera considérablement affaiblie", selon Jean-Claude Juncker

Pour sa part, Jean-Claude Juncker a estimé que si toutes les présidences étaient difficiles, celle-ci le serait tout particulièrement, "vu l’ampleur des problèmes devant nous". Il a néanmoins parlé de "plaisir et de soulagement" en soulignant que la volonté du gouvernement luxembourgeois s’inscrivait dans les ambitions de la Commission européenne, et que les priorités de la Présidence appuyaient les siennes. "J’ai bon espoir que la Présidence luxembourgeoise s’acquittera de cette tâche avec l’élégance et l’efficacité que nous lui connaissons", a-t-il encore dit, précisant qu’il avait convenu avec Xavier Bettel des contacts très réguliers.

Aux questions des journalistes qui l’interrogeaient sur la Grèce, Jean-Claude Juncker a indiqué que la position de cet Etat membre pour négocier avec ses créanciers serait "considérablement affaiblie" si le non devait l'emporter au référendum. "Si les Grecs votent non, la position grecque sera considérablement affaiblie", a-t-il déclaré. Même en cas de victoire du oui, "nous serons confrontés à de difficiles négociations", a-t-il ajouté. Le président de la Commission a par ailleurs démenti que des discussions se poursuivraient en coulisses avec la Grèce.

Sur le même sujet, Xavier Bettel a confirmé les propos de Jean-Claude Juncker, affirmant que le référendum aura des conséquences puisqu’il faudra respecter le choix des Grecs : "un oui entraînera des négociations qui ne seront pas faciles, un non entraînera des négociations qui seront encore plus difficiles, mais c'est aux Grecs de faire leur choix". Il a par ailleurs indiqué à la presse que les relations entre les partenaires devaient reposer sur la confiance. "J’ai passé deux jours avec Monsieur Tsipras [le Premier ministre grec] à Bruxelles, pas un mot sur le référendum en réunion", a-t-il souligné, précisant avoir été informé par les médias.

"Un référendum est quelque chose où les gens doivent savoir sur quoi ils vont voter, et comprendre les arguments du oui ou du non", a poursuivi Xavier Bettel, qui estime que le délai pour organiser référendum n’est pas idéal, car il aurait dû permettre d’argumenter sur les positions et de préparer une campagne. Il refuse par ailleurs de rentrer dans le débat du pour ou contre. "Ici la question, c’est la position de la Grèce dans l’Europe, dans l’euro, c’est l’avenir de l’euro, et c’est l’avenir aussi de l’Europe", a lancé le Premier ministre luxembourgeois avant de conclure : "Ce qui est important, c’est de retrouver la confiance, et j’aimerais vraiment qu’on arrive, entre chefs d’Etat et de gouvernement, à tenir le même discours dans nos pays qu’à Bruxelles".

  • Mis à jour le 07-07-2015