Justice et Affaires intérieures
Réunion ministérielle informelle

António Guterres appelle l’Europe à donner une "réaction robuste" à la problématique des réfugiés

Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés Antonio GuterresLe Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR) António Guterres a demandé à l’Europe de donner une "réaction robuste" à la problématique des réfugiés. Il a appelé les Etats membres de l’UE à développer des "mécanismes effectifs" de solidarité et à assumer leur responsabilité, ce lors d’une conférence de presse à Luxembourg en amont de la première journée de la réunion informelle des ministres de la Justice et des Affaires intérieures (JAI) de l’UE venus notamment pour discuter de la question de la migration et la répartition de réfugiés. Il a dit regretter le fait que le Conseil européen du 25 juin 2015 ait opté pour une approche volontaire et non pas obligatoire concernant une répartition de 40 000 réfugiés syriens et érythréens dans l’UE, proposée par la Commission européenne.

António Guterres a appelé l’UE à augmenter les moyens d’entrées légales dans l’UE, d’augmenter les places de réinstallation, de rendre les politiques de visa plus flexibles, de faciliter le regroupement familial et de renforcer la lutte contre les trafiquants. Il a également annoncé une "hausse drastique" du nombre d’arrivées de réfugiés dans les mois à venir.

Le nombre de réfugiés syriens dans les pays voisins de la Syrie a dépassé les 4 millions, a souligné António Guterres. La majorité des réfugiés syriens sont accueillis par la Turquie (1,8 million) et le Liban (1,17 million), soit plus d’un quart de la population de ce pays, indique le HCR sur son site.

Le Haut-Commissaire a expliqué que la route des réfugiés s’est déplacée vers l’est de la Méditerranée, avec près de 78 000 réfugiés arrives en Grèce depuis le début de l’année (contre 43 500 en 2014), alors que l’Italie a enregistré 67 500 arrivées. Au total, 137 000 migrants sont arrivés en Europe au premier semestre 2015, selon le HCR.

85 % des réfugiés arrivés en Grèce viennent de pays en conflit et 65 % d’entre eux sont des Syriens, a expliqué António Guterres. Il a dénoncé les conditions "précaires" d’accueil de réfugiés en Grèce. "La capacité de la société grecque d’intégrer un si grand nombre de personnes est quasi non-existante", a-t-il jugé. "Il ne faut pas s’étonner du fait que les réfugiés qui sont désespérés partent ailleurs", notamment via les pays des Balkans, la Bulgarie et la Hongrie, a-t-il ajouté. Il a fait état d’actions de "refoulement" dans les pays des Balkans de l’Ouest et déploré des "insuffisances" dans les systèmes de protection des réfugiés de ces pays.

Selon le Haut-Commissaire, "il est très inquiétant que les conditions de vie et le niveau de protection des Syriens dans les pays voisins soient en train de se détériorer rapidement". António Guterres a dénoncé le fait que "le niveau d’assistance fourni par la communauté internationale est clairement insuffisant" et qu’il y ait "très peu de soutien aux pays voisins de la Syrie". Selon le HCR, seulement un quart des 5,5 milliards de dollars demandés sont arrivés aux partenaires humanitaires dans les pays voisins. Cela a obligé ces organisations à "réduire de manière drastique l’aide alimentaire". "En ce moment, les organisations humanitaires ne sont pas à même de fournir le minimum d’assistance que la dignité humaine exige", a souligné António Guterres. Il a en revanche salué les efforts de la Turquie qui, a-t-il précisé, a investi six milliards de dollars pour l’aide directe aux réfugiés syriens dans son pays.

  • Mis à jour le 09-07-2015